Il était une fois un petit logis mitoyen posé là comme une excroissance, entouré par un vaste jardin dont la taille et la disposition offraient à l'imagination une grande fertilité.

La façade burinée par les aléas climatiques et la vacuité dont il jouissait depuis plusieurs lustres avaient substitué au cachet délicat qui jadis fit la fierté de son propriétaire, décrépitude et délabrement.

Le jardin laissé à l'état sauvage s'offrait à tous les regards sous son meilleur jour en s'efforçant de conserver la mémoire de ses toilettes d'antan.

Étouffé par le faix du galetas, son orgueil avait trouvé comme exutoire la mission de protéger un joli cabanon qui trônait, pontife profitant de la place de choix qu'il occupait, par le truchement d'un Chêne majestueux auquel il avait offert le gîte et le couvert.

Le temps des travaux arriva dès lors qu'un maçon comprit qu'il y avait là une aubaine moyennant une sueur habilement dépensée.

La maison fut refaite à neuf et sa nouvelle robe d'un blanc immaculé criait sa jeunesse retrouvée. Pas une seule ride ne trahissait son triste et morne passé.

Aussitôt terminée, une gentille famille prit possession des lieux et s'installa.

Notre valeureux espace vert eut alors l'honneur d'être promu à de nouvelles fonctions et devint l'amphitryon de divers gravats et détritus, pots et outillages en tout genre, gaines et PVC multicolores, et plus encore.

À l'orée de cette décharge flottait une guirlande de chaussettes drap et chemises délimitant sans discontinuer le périmètre du jardin à l'instar d'un cordon de sécurité, empêchant par là même l'accès à une voiture localisée au milieu du champ de bataille et dont on n'aurait pût estimer de façon sûre combien de temps il eut fallu pour la dégager.

Quant au cabanon on ne reconnut de lui qu'un amas de planches en putréfactions tenues par quelques clous et bien trop chargées des rebuts d'à côté, orphelin d'un protecteur émérite.

 

Rien ne dure jamais